Il ne s’agit pas d’un coup de tonnerre dans un ciel clair. Néanmoins l’annonce de la démission du Premier ministre Cheick Modibo Diarra a fait l’effet d’un mini séisme dans le pays, prenant presque tout le monde de court. La plupart de nos compatriotes ont appris la nouvelle hier en se réveillant. Certains couche-tard l’avaient déjà écoutée sur les antennes de nos confrères de Radio France Internationale (RFI) mais peu avaient suivi le message à l’ORTM.
« Mes chers compatriotes, notre pays, le Mali, traverse aujourd’hui la période la plus difficile de son histoire. En de pareils moments de crise, les hommes et les femmes, soucieux du devenir de notre nation, souhaitent une situation apaisée. C’est pour cela que moi, Cheick Modibo Diarra, démissionne avec tout mon gouvernement ce jour mardi 11 décembre 2012. Je m’excuse auprès de l’ensemble des populations du Mali qui souffrent de cette crise sous plusieurs formes et à tous les niveaux. Je remercie les membres du gouvernement, tous leurs collaborateurs pour les efforts dont ils n’ont pas fait économie. Je souhaite à la nouvelle équipe pleins succès dans ses missions. Que Dieu bénisse le Mali ! Je vous remercie », c’est par cette courte déclaration diffusée mardi aux environs de trois heures du matin sur la télévision nationale que Cheick Modibo Diarra a présenté sa démission.
Cheick Modibo Diarra aura donc passé près de neuf mois à la tête du gouvernement de Transition. Il avait été nommé le 17 avril, puis reconduit comme chef d’un gouvernement d’union nationale par le président de la République par intérim le 12 août.
La démission de Cheick Modibo Diarra est intervenue au moment où la situation socio-politique du pays reste tendue avec la querelle autour des concertations nationales dont la finalité est justement de mettre en place les organes de la Transition et d’adopter sa feuille de route.
Les choses sont donc allées vite mardi. Le Premier ministre avait eu une matinée ordinaire. Arrivé à son bureau, il avait reçu en audience le ministre du Commerce extérieur et de la Coopération au développement du Royaume des Pays-Bas, Mme Lilianne Ploumen, en visite dans notre pays.
Après l’audience, le chef du gouvernement avait fait enregistrer une déclaration en langue nationale bambara pour remercier les Bamakois qui ont marché samedi pour soutenir le vote de la résolution par le Conseil de sécurité de l’ONU pour le déploiement d’une force internationale dans le nord du pays. Le message devait être diffusé lundi soir à la télévision nationale.
Le Premier ministre avait ensuite déjeuné dans un restaurant thaïlandais au Quartier du fleuve avant de regagner la Primature. Ne se sentant pas bien et devant voyager en France dans la soirée, Cheick Modibo Diarra avait quitté ses bureaux aux environs de 16 heures pour regagner son domicile à Titibougou. Le chef du gouvernement devait se rendre en France pour des soins. Son médecin personnel, un médecin militaire, devait lui aussi effectuer le voyage.
D’après une source aéroportuaire, en fin d’après-midi, un groupe de transporteurs dont des conducteurs de Sotrama, s’est rendu à l’aéroport de Bamako-Sénou pour empêcher le Premier ministre de prendre son vol programmé aux environs de 22h50. Ces conducteurs appuyés par des badauds reprocheraient à Cheick Modibo Diarra d’avoir eu une attitude « méprisante » envers eux lors de leur récente grève.
Mais Cheick Modibo Diarra ne viendra pas à l’aéroport sur recommandation d’un membre du gouvernement qui avait été alerté par un responsables aéroportuaire. Ses bagages qui avaient été enregistrés seront débarqués de l’avion.
Aux environs de minuit, un groupe de militaires débarque au domicile du Premier ministre à bord de plusieurs pick-up. Face à eux, les éléments qui montaient la garde n’ont pas opposé de résistance. Entrés dans la cour après avoir ouvert le grand portail, ces militaires sont tombés sur l’aide de camp du Premier ministre, le commandant Diassana. Le chef du groupe, un capitaine aurait demandé à l’aide de camp de faire sortir le Premier ministre. En cas de besoin, ses hommes et lui défonceraient la porte du salon pour le prendre, a-t-il assuré. Pendant que les discussions étaient en cours, Cheick Modibo Diarra sort et marche vers les militaires venus l’arrêter. Sur un ton de commandement, le capitaine aurait dit : « Monsieur le Premier ministre, il faut nous suivre à Kati !».
C’est ainsi que Cheick Modibo Diarra se serait mis à la disposition des militaires. «Les militaires voulaient le faire embarquer dans un de leurs véhicules mais je leur ai proposé de le faire transporter par mon propre véhicule. C’est ainsi que le capitaine, le Premier ministre et son aide de camp sont montés dans mon véhicule. Nous avons alors pris la direction de Kati. Les autres véhicules militaires nous ont suivis», confie un proche de l’ancien chef du gouvernement.
Selon le même interlocuteur, parvenus au camp militaire de Kati, Cheick Modibo Diarra et ses collaborateurs se sont vus retirer leurs téléphones portables. « Moi je suis resté avec l’aide de camp et le Premier ministre a été conduit dans une salle où l’attendaient des officiers », précise la même source selon laquelle c’est à Kati que Cheick Modibo Diarra a signé sa lettre de démission.
C’est là-bas aussi qu’il a enregistré sa déclaration de démission qui sera diffusée plus tard à la télévision nationale.
Aux environ de trois heures du matin, un groupe de militaires est descendu avec la bande pour faire diffuser la déclaration. Pour ce faire, il a fallu remettre en marche la télé qui ne diffuse pas normalement à une heure aussi tardive.
C’est entre quatre heures et cinq heures du matin que l’ancien Premier a été reconduit à son domicile par les militaires qui sont restés sur place. Hier encore les militaires n’avaient pas bougé, plaçant de facto l’ancien Premier ministre « en résidence surveillée».
M. KEITA
Oumar Maiga